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Blog-Tone du 14 avril 2007 : Greys Anatomy au cœur de l’idéologie de la classe dirigeante américaine

vendredi 13 avril 2007, par Ian Balat, Michel Balat

Greys Anatomy au cœur de l’idéologie de la classe dirigeante américaine

Grand bouffeur de séries américaines et britanniques, j’ai, par le plus pur des hasards, déniché cette série, un peu connue en France, Greys Anatomy. S’il fallait faire un rapprochement à la Short Cut, je dirais un mélange de Urgences et de Sex and the City, mâtiné de Friends. Le propos est simple, des internes débarquent dans un hôpital de Seattle. Ce sont leurs vies, leurs relations avec les autres habitants de ce complexe hospitalier. Ça dure à chaque fois 52 minutes à peu près et tous les épisodes ont le même rythme, les mêmes événements. On suit quelques personnages d’un peu plus près, le reste sert de décor, et Seattle est totalement invisible. C’est souvent mignon, voire gnangnan, mais symboliquement, c’est d’une violence époustouflante.

Le vrai propos de cette série, c’est l’effort individuel vers la réussite. La réussite est polymorphe, mais les moyens sont toujours les mêmes. Y sont également développés tous les thèmes chers à l’Amérique Bushiste, l’importance du mariage, le respect des différences qui deviennent des différences naturalisées, alors bien sûr, y’a du mélange, un chirurgien noir et une interne asiatique tombent amoureux, mais c’est pour la galerie, les blancs restent ensemble, faut pas déconner non plus. Il y a un couple en péril, mais le mariage est plus fort que tout. Quelques rares moments sont consacrés aux difficultés qu’affrontent le système de santé américain, mais c’est surtout pour faire rebondir un épisode. Aucun critique là-dedans. Et surtout aucune critique esthétique.

Urgences au moins était un peu ouvert, les conditions sociales des malades étaient considérées, des réalisateurs extérieurs venaient prêter main forte et amenaient avec eux leurs univers très particuliers. Là, tout est plat, lisse, répétitif, travelings, close up, plans d’ensemble, tout vient soutenir un discours esthétique et social apaisants. L’héroïne principale est fille de chirurgien, elle est mince, élancée, amoureuse du médecin le plus mignon de l’hôpital, elle est lisse, ses crises sont pathétiques et son jeu d’une molesse remarquable. Car c’est elle qui tient plus de la moitié des épisodes, c’est elle l’âme de la série. Alors elle laisse le reste filtrer, doucement, tout nous remonte au fil des histoires, tout le background remonte, la présentation d’une Amérique qui va bien, où chacun a sa chance, où l’effort individuel est fondamental, où la réussite est une pratique individuelle, et où surtout presque rien n’est règlementé. Bref, c’est une merde qu’il faut voir comme une longue publicité, la philosophie spontanée de la classe dirigeante américaine.

(De la part de ton père : une prise de position de Ken Loach qui change des séries !)