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Blog-Tone du 4 septembre 2005 : Un bien étrange métier.

dimanche 4 septembre 2005, par Ian Balat

Un bien étrange métier.

Je me souviens de mes premiers pas dans le métier de la pige presse. J’ai commencé comme colleur-monteur à tiers-temps, à L’Argus de la Presse. Tâche répétitive qui consistait à découper des articles de presse et les faire rentrer dans des feuilles A4 avec en-tête du journal et nom du client. J’ai fait ça pendant 2 mois ; en même temps, je travaillais dans un théâtre. J’étais placier. J’étais également vendeur sur site pour Psion, à la FNAC des Champs-Élysées. Je n’étais donc, dans ma vie professionnelle, qu’un exécutant, un rouage de machineries relativement accessibles dans leur ensemble. Ces trois métiers ensemble me permettaient de gagner mes premiers sous et de ne plus dépendre entièrement de l’argent que me donnaient mes parents. Mais quand on a fait une grande école et qu’on a un peu d’ambition, on ne reste pas longtemps dans ce type de postes. Rapidement, j’intégrais à l’Argus le service Études en trois quart-temps ; au théâtre je devenais Chef contrôleur. Et je quittais la FNAC. Ces deux nouvelles activités étaient accessibles tout en nécessitant un minimum d’organisation et d’esprit d’initiative. Piece of cake ! J’ai fait une saison à la Comédie des Champs-Elysées, sous la direction d’une dame extraordinaire qui m’a appris à résister aux pires pressions. Elle pouvait être odieuse, mais son charisme était tel que je fermais ma gueule et j’observais. Un jeune imbécile qui cumule les conneries, un couard sournois, un petit chef à la con, voilà ce que j’étais ; humainement, je ne valais pas tripette, et c’est dans ce théâtre que j’ai crevé tous mes abcès. Quant à l’Argus, j’y découvrais la vraie vie de bureau, mesquine, absurde, sous la direction d’un chef sympathique, mais qui lâchait prise, dégoûté par le peu de considération qu’avait la direction de l’entreprise pour son travail. J’avais donc un minimum de liberté, j’en usais avec bien peu de modération. Et grâce à ce chef de service, la direction me proposait un poste bien plus intéressant.

En deux ans je passais de la fonction de rouage à un poste de « middle manager », chef de rayon, celui des revues de presse électronique. Un stand-by de six mois à plein temps comme indexeur de sites web plus tard, je prenais enfin en charge le service promis. Je travaillais en bonne intelligence avec quelques commerciaux et la direction générale. Malgré les multiples difficultés que représentait l’installation d’un service ex nihilo, je restais relativement indemne. Mon salaire progressait, mes fonctions me plaisaient, ma vie professionnelle prenait un tour intéressant. Et ma vie quotidienne suivait. Je n’avais plus qu’un seul métier, et je m’y plongeais entièrement.

Je n’oubliais rien de mes erreurs passées, aussi bien au bureau qu’à la maison ; les deux Ian se mélangeaient pour devenir une personne qui se nourrissait de tous les aspects de sa vie. Mes colères, mes peines, mes joies transparaissaient dans toutes mes activités. Il est facile d’oublier que quelqu’un qui arrive au bureau a une vie quand il n’y est pas. J’ai appris à relier tout ça dans ma personne. À partir de ce moment-là, je pouvais considérer que j’étais devenu un adulte.

Et c’est un adulte qui voulait continuer à monter, lentement, mais toujours plus. Je faisais ça avec, en tête, cette définition de l’ambition qui me faisait la fuir : Tout faire pour y parvenir afin d’y arriver (sic). Je ne voulais pas de ça. Ce rejet de l’ambition pour elle-même m’a conduit à lutter constamment contre moi-même, mes collègues et surtout mes chefs. L’ambition si souvent portée aux nues par les raclures qui nous gouvernent est devenue pour moi la pire des abjections. S’il faut vouloir pour soi, c’est contre soi, pas contre les autres.